Egalité Filles / Garçons au regard des compétences en lecture et en littératie
Intervention de Delphine GRELY, IEN Annecy Ouest, pilote du Groupe Départemental Français, lors de la visio avec les directeurs d'école du département - Mardi 3 mars 2026
Lorsque l’on parle d’égalité filles/garçons, on pense spontanément aux mathématiques, aux sciences, aux carrières scientifiques. Et à juste titre. Le plan filles et maths déployé depuis 2025 s’appuie sur des constats objectivés.
Mais aujourd’hui, je voudrais attirer votre attention sur une autre entrée de l’analyse des différences entre filles et garçons à l’école : l’inégalité persistante en français… en défaveur des garçons.
Le rapport de l’Inspection Générale de l’Education, du sport et de le Recherche (IGESR) publié en octobre 2025 sous le pilotage de Renaud FERREIRA DE OLIVEIRA et Catherine MOTTET examine les différences de performance et de pratique en lecture et en littératie entre les filles et les garçons confirmant que les filles surpassent les garçons dans ces domaines à tous les niveaux de scolarité. Les constats que je vais évoquer sont des constats partagés dans l’OCDE et en Europe.
- L’enquête PISA de 2022 montre que les résultats de la France sont proches de ceux des pays de l’OCDE, à savoir que les scores des garçons sont supérieurs à ceux des filles en mathématiques de 13 points, alors que les scores des filles en lecture sont supérieurs à ceux des garçons de 24 points. Pour rappel, PISA évalue la compréhension de l’écrit, et notamment la capacité des élèves à s’adapter à s’adapter aux différentes situations de lecture.
- L’enquête PIRLS détecte aussi un écart de performance en littératie ( = aptitude à comprendre et à utiliser les formes du langage écrit) en CM1 entre les filles et les garçons. 14 points d’écart en faveur des filles. C’est écart n’avait jamais été aussi élevé depuis 2001.
- Les écarts de résultats sont aussi confirmés par les évaluations nationales REPERE et les tests de positionnement. Dès le CP, les filles maitrisent mieux les compétences en français que les garçons. Ces différences de performance vont ensuite se retrouver à tous les autres niveaux de l’école élémentaire. A l’entrée en 6ème, nous retrouvons 16 points d’écart au niveau des performances entre filles et garçons en français en défaveur des garçons. Cet écart est plus important que les celui en mathématique en défaveur des filles.
- Les constats sont aussi confirmés au baccalauréat et aux résultats des tests de la Journée Défense et Citoyenneté.
Ce que nous pouvons retenir est que ces écarts sont plus marqués que ceux constatés en mathématiques en défaveur des filles. Autrement dit, nous avons engagé un débat légitime pour les filles en mathématiques, mais nous devons aujourd’hui regarder avec lucidité la situation des garçons en lecture.
Et les conséquences sont lourdes :
- Risques accrus d’illettrisme
- Orientation moins fréquente des garçons vers les filières littéraires
- Difficulté d’insertion sociale
- Moindre capacité à gérer ses émotions
Il ne s’agit donc pas seulement de résultats scolaires mais d’un enjeu citoyen.
Causes :
Il serait tentant d’invoquer une différence « naturelle ». Les recherches démontrent bien l’inverse, et parlent de menace du stéréotype.
C'est ce que dévoile une recherche conduite par Pascal Pansu, psychologue social de l’université Grenoble-Alpes et son équipe. Dans le cadre de cette étude, 80 enfants de 9 ans devaient repérer le plus grand nombre de noms d’animaux dans un texte. À un premier groupe, l'activité a été présentée comme un test de compétences et à un deuxième, comme un jeu. Résultat : les garçons ont moins bien réussi que les filles dans le premier cas, mais ils les ont surpassées quand ils pensaient jouer. En fait, les garçons croyant être évalués redoutaient de confirmer le stéréotype selon lequel ils seraient moins performants en lecture que les filles. Cette perception négative a freiné leurs aptitudes, un obstacle semblable à celui des filles en mathématique.
Mais ce n’est pas la seule cause. Le rapport de l’IGESR souligne également :
- Une lecture perçue comme activité féminine
- Un monde du livre majoritairement féminin
- Une forte place des textes narratifs dans les pratiques scolaires
- Moins de supports documentaires, presse, BD
- Une influence des écrans plus marquée chez les garçons
Alors, que pouvons-nous faire à l’échelle de nos écoles at quel est l’enjeu en termes de pilotage pour les directeurs ?
- Nécessité d’analyser systématiquement les résultats selon les sexes (CP : comprendre des mots à l’oral, et niveau suivant : lire à voix haute un texte) à présenter en conseil des maîtres les résultats genrés d’Archipel, identifier finement les écarts en compréhension, lexique et orthographe, fixer un objectif explicite dans le projet d’école (« réduire l’écart filles/garçons en compréhension de l’écrit de X points »)
- Sensibiliser les enseignants et lutter contre les stéréotypes de genre
- Poursuivre la mise en œuvre d’un enseignement explicite : l’étude de la langue ne peut pas reposer sur l’implicite. Un élève qui dit « C’est -ENT à la fin du verbe, parce que c’est comme ça » n’a pas intégré la règle. Nous devons systématiser l’explicitation des démarches, la verbalisation, la justification grammaticale. L’enseignement explicite est un levier d’équité. à Inscrire à l’ordre du jour d’un conseil des maîtres une réflexion sur l’enseignement explicite en étude de la langue.
- Diversifier les supports : fictions ET documentaires, presse, BD, transmédiation (cinéma à livre, livre audio à livre), rôles modèles masculins lecteurs.
- Veiller à équilibrer les modèles masculins et féminins évoqués ou étudiés dans l’ensemble des disciplines en s’appuyant notamment sur la charte pour l’égalité filles - garçons dans les manuels scolaires qui renforce la place et la représentation des femmes dans les différentes disciplines, afin que les garçons aient des occasions de s’identifier à des rôles modèles féminins.
- Veiller à une représentation équilibrée du genre des personnages et de celui des auteurs sur l’ensemble des lectures proposées au fil de l’année scolaire. Favoriser les démarches de lecture et d’analyse qui facilitent l’identification entre lecteurs et personnages, y compris entre lecteurs masculins et personnages féminins.
Nous avons collectivement su porter un effort massif sur la question de l’inégalité filles – garçons en mathématiques. Le rapport des IG et les enquêtes nationales et internationales nous invitent aujourd’hui à porter un effort comparable en lecture pour garantir à chaque élève les conditions de pratiques efficaces, équitables et accessibles.
Vous trouverez ci-dessous des ressources dont une compilée par Odile VILLARET, CPC d'Annecy Est.